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PORTRAIT-Pragmatique et influent, Ali Larijani avait un rôle central à Téhéran
information fournie par Reuters 18/03/2026 à 00:24

Politicien expérimenté, Ali Larijani était l'une des figures les plus puissantes de la République islamique d'Iran, dont il a bâti la politique sécuritaire, et était un conseiller de premier plan de l'ayatollah Ali Khamenei jusqu'à la mort de celui-ci au premier jour des bombardements israélo-américains le 28 février.

Ali Larijani, 67 ans, a été tué à son tour mardi lors de la campagne militaire des Etats-Unis et d'Israël en Iran. Il a été abattu dans une frappe aérienne israélo-américaine alors qu'il rendait visite à sa fille en périphérie est de Téhéran, a rapporté l'agence de presse semi-officielle iranienne Fars.

Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a annoncé plus tôt dans la journée que le chef du Conseil suprême iranien de sécurité nationale avait été tué dans une frappe israélienne.

Descendant d'une famille religieuse, avec deux frères ayant grimpé les échelons du système théocratique iranien à la suite de la Révolution islamique de 1979, Ali Larijani était considéré comme habile et pragmatique mais également déterminé à préserver le système de Téhéran.

Celui qui fut commandant des Gardiens de la révolution durant la guerre avec l'Irak dans les années 1980 a occupé par la suite différentes positions, nommé directeur de la télévision d'Etat avant de prendre la tête du Conseil suprême de sécurité nationale - un rôle qu'il a délaissé un temps pour un mandat d'élu au Parlement, dont il a été le 'speaker' pendant 12 ans.

Membre du premier cercle, très restreint, d'Ali Khamenei, qui était guide suprême de la Révolution iranienne depuis près de quatre décennies, Ali Larijani disposait d'un éventail de prérogatives, parmi lesquelles les négociations cruciales sur le nucléaire avec les puissances occidentales, mais aussi la gestion des liens régionaux de Téhéran et la répression de la contestation dans le pays.

RÔLE PRÉSUMÉ CENTRAL DANS LA RÉPRESSION SANGLANTE DE JANVIER

En dépit d'un soutien indéfectible au règne d'Ali Khamenei, il prônait une approche plus mesurée que d'autres figures "dures" du système iranien, disposé parfois à faire avancer les objectifs de Téhéran via la voie diplomatique et à répondre à l'opposition iranienne avec des mots apaisants.

Reste qu'Ali Larijani a ajouté un rôle présumé central dans la répression sanglante en janvier dernier des vastes manifestations antigouvernementales à travers le pays. Des millions de contestataires ont été tués. Les Etats-Unis ont décidé en réponse d'imposer des sanctions contre Larijani.

Quand Washington et Israël ont lancé leur campagne de bombardements, il a été l'une des premières figures iraniennes de premier plan à s'exprimer, accusant les assaillants de l'Iran de chercher à désintégrer et à saccager le pays. Il a par ailleurs lancé des avertissements aux potentiels contestataires.

Les frappes israélo-américaines ont signalé l'échec ultime d'une politique du nucléaire qu'Ali Larijani avait contribué à concevoir - développer des capacités jusqu'aux limites du droit international en s'abstenant de provoquer une attaque.

Habile communicant, il relayait les messages d'Ali Khamenei en matière de doctrine nucléaire, détaillant également la vision du guide suprême dans des interviews télévisées fréquentes, et avait établi une relation avec les négociateurs occidentaux.

ATTACHÉ AUX GARDIENS DE LA RÉVOLUTION

Même s'il avait survécu aux bombardements israélo-américains, Ali Larijani aurait pu voir son rôle en la matière se réduire, les Gardiens de la révolution ayant étendu leur contrôle au détriment de décideurs politiques tels que lui.

Né en 1958 dans la ville irakienne de Najaf, berceau chiite devenu le refuge de nombre de figures religieuses iraniennes dénonçant le règne oppressif du shah, dont son père, Ali Larijani déménage en Iran quand il est enfant.

A l'âge de 20 ans, il assiste à la Révolution islamique lors de laquelle le shah Mohammad Reza Pahlavi est renversé et à la nomination de l'ayatollah Ruhollah Khomeini comme guide suprême.

Quand l'Irak envahit l'Iran quelques mois plus tard, Ali Larijani rejoint les Gardiens de la révolution, à l'époque nouveau corps militaire et idéologique dévoué à Ruhollah Khomeini. Il en gravit ensuite les échelons, ce qui lui permet, avec l'appui du réseau dont dispose sa famille, de gagner en influence au sein de la République islamique.

Jusqu'au bout, il conserve des liens étroits avec les Gardiens de la révolution, dont le rôle n'a cessé de croître au fil du temps.

Après la guerre avec l'Irak, Ari Larijani devient ministre de la Culture puis directeur de la télévision d'Etat, un poste crucial dans un pays où relayer les messages idéologiques a toujours été déterminant pour exercer un rôle de pouvoir.

Il prend une première fois la tête du Conseil suprême de sécurité nationale, organe chargé de la politique étrangère et sécuritaire de l'Iran. Il se présente à l'élection présidentielle de 2005, sans succès, avant d'être élu au Parlement deux ans plus tard.

OPPOSÉ À ECHANGER "UN JOYAU CONTRE UNE CONFISERIE"

Entre-temps, Ali Larijani est chargé de mener les négociations sur le nucléaire, avec pour mission de défendre ce que Téhéran présente comme son droit à enrichir de l'uranium à des fins pacifiques.

Malgré son pragmatisme, il répète que le programme nucléaire iranien ne "pourra jamais être détruit", se moquant des propositions européennes destinées à pousser Téhéran à abandonner ce programme qui signifieraient d'"échanger un joyau contre une confiserie"

Parallèlement à son ascension, deux de ses frères occupent également des postes importants. Son frère aîné, Mohammad-Javad, siège au Parlement avant de devenir un conseiller de haut rang d'Ali Khamenei. Un rôle qu'Ali Larijani se verra confier plus tard, effectuant des visites régulières en Russie pour y rencontrer le président Vladimir Poutine et renforcer les liens entre Téhéran et Moscou.

De nouveau nommé à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale l'an dernier, à l'issue de la campagne de bombardements lancée en juin par Israël qui a donné lieu à la guerre des 12 jours, il travaillait à empêcher que l'Iran ne soit à nouveau attaqué.

"A mon avis, cette question peut être résolue", a-t-il dit en début d'année à la télévision publique omanaise en référence aux négociations avec les Etats-Unis, pour lesquelles le sultanat servait de médiateur. "Si la préoccupation des Américains est que l'Iran ne doit pas avancer pour obtenir l'arme nucléaire, on peut y répondre".

(Rédaction de Reuters; version française Jean Terzian)

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